La Bouillonnante [54 km - 2000 m D+] @ Bouillon, 30/04/2011

Publié le11 mai 2011

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Beau passage en dévers au km 37, avant les crêtes de Frahan

Distance : 54 km

Dénivelé : 2000 m D+ (2450 annoncés)

Chaussures : New Balance MT 101 (choix très judicieux par temps sec, accroche parfaite sur les rochers et dans les sentiers abruptes, bonne perception du sol)

Chrono et classement  : 6 h 36 min 41 sec, 38e sur 385 partants (340 à l’arrivée). Le 50 km a été remporté par Michel Verhaeghe en 4 h 48 min (!), alors que José Istace arrive en tête du 24 km.

Brève description : course sauvage au départ de Bouillon et passant notamment à proximité de Corbion, Frahan Mouzaive, Rochehaut et Botassart. Parcours varié en forme de huit, au profil accidenté, peu de (faux) plat. Sentiers techniques de type GR, chemins plus roulants avec obstacles divers (arbres déracinés, branches mortes en pagaille) pour fractionner l’effort comme il se doit et obligeant les participants à se contorsionner. Deux passages à gué près du Tombeau du Géant (enfoncement jusqu’en haut des cuisses).  Quelques modifications de bon goût par rapport au parcours de 2010 (promenade des échelles interdite). Temps au beau fixe.

Site officielhttp://www.la-bouillonnante.org/

Profil en dents de scie, pour un total de 2000 m D+

[une démarche]

Après une édition 2010 plutôt réussie dans une atmosphère caniculaire, j’aborde cette course avec un autre angle d’attaque : adieu les appréhensions de l’an dernier, je sais que je peux terminer cette course grâce à mes compétences physiques et mentales, chèrement acquises grâce à l’entrainement et aux autres courses longues auxquelles j’ai participé en 2010 et 2011. Je vais pouvoir me concentrer uniquement sur les sensations uniques ressenties lors de ces courses un peu longues. Prendre le temps de savourer le cheminement. Poser un pied après l’autre, et répéter l’opération pendant plusieurs heures.

Quelques secondes de contemplation avant de descendre vers Frahan


J’arrive à Bouillon moins reposé que l’an dernier, avec une semaine d’entrainement chargée et une semaine plus allégée (petite séance seuil 2×12 min + 10x100m et une petite heure d’elliptique en force). La Bouillonnante 2011 n’est en effet pas un objectif en soi cette année, mais plutôt une ultime sortie longue avant d’affronter la Savoie au mois de mai. Après avoir longuement hésité sur le choix de la distance (24 km à tombeau ouvert ou 50 plus tranquillement), obnubilé par les pentes du GR73  je fais le choix de laisser la petite distance à Christophe D., convalescent, et de le laisser profiter seul des joies du trail de masse, où les participants courent dans les côtes et marchent dans les descentes.

[se réunir]

La veille de la course, nous avons le grand plaisir de nous réunir autour d’un plat de pâtes (SACRILÈGE! Une belle entorse à mon alimentation quotidienne à tendance paléo…) en présence de Maxime, Christophe B., Frère Tuck, Guislain, Arnaud et les autres. Le pèlerinage à Bouillon est l’occasion de nous rencontrer de discuter d’ultra ou de rien. En résumé : une Orval en guise de carburant (dès que je me laisse aller, je multiplie les faux pas), sans pour autant carburer à l’Orval (un troisième sacrilège : de la trappiste au resto italien…)

Le lendemain matin, frais comme un gardon en bord de Semois, j’émerge du et dans le brouillard. Nos tentes sont en effet plantées à quelques hectomètres du départ.

Malgré les réprobations d’un certain Martial illustré,  j’ingurgite mon oeuf dur (un peu à la manière de Miguel Heras, le secret des champion espagnols?), de la compote de pomme mélangée à de la poudre d’amandes et de protéine, le tout tassé avec deux cafés tièdes préparés dans le coffre de la voiture. Nis ronfle encore dans sa tente lorsque je quitte le camp.

Dans la cour du château, je salue à tour de bras des trailers plus ou moins proches, rencontrés ici ou là. Je retrouve JF et Vincent de l’asbl Madres. Hugues est là également. La course n’a pas encore commencé, mais déjà une sérénité teintée d’une légère tension colore le visage des participants. Il est tant de partir à la découverte d’un monde à part.

[se déplacer, enfin]

Le départ est toujours sympathique, même si ce satané couloir est finalement plus dangereux qu’amusant. Retour dans la lumière et plongée vers la Semois qui sera notre fil conducteur pour la journée. Les discussions vont bon train et il nous faudra plusieurs kilomètres pour pouvoir progresser à une allure confortable. Il faudra encore patienter pour se retrouver un peu seul.

Soudain, sur un coup de sang, je décide de ne plus faire la course que j’avais planifiée, à allure tranquille, en-dedans, frustrante, mais de prendre du plaisir tout simplement et de progresser à la sensation, un très long fartlek en nature. Je finis par accélérer irrémédiablement, remontant les concurrents tout au long du parcours, appréciant des tronçons de GR plutôt techniques, en dévers, sillonnant entre les rochers. D’ailleurs nous sommes déjà sur les crêtes de Frahan, proche du 40e km et la course est passée si vite.

Les sentiers de Corbion, le parcours d’accrobranche  improvisé, le soleil au zénit, l’écart fluctuant entre les coureurs, les rencontres impromtues.

Une chute sur les rochers, une lentille perdue dans une descente, presque borgne et constamment en contact avec cette belle journée. Constance et patience, partage, j’irais jusqu’à dire communion. Toujours dans le sillage ou juste devant Isabelle Ost, qui remporte l’épreuve dans sa catégorie, je gage que ma progression est logique et argumentée, car elle fait à mes yeux figure de métronome avéré.

Désormais, il est possible de se sentir un peu seul, mais surtout bien entouré. Il suffit de prendre la foulée de la fille qui vous précède ou d’échanger un regard au sommet d’une côte avec le participant qui vous suit pour comprendre qu’à partir d’un certain nombre d’heures certaines barrière tombent. Il est possible d’en revenir à des choses simples, pour reprendre les propos d’Olivier Harduin.

Au niveau de la logistique de course,  j’avais décidé de ne pas m’arrêter aux ravitos, de simplement y faire le plein de la poche à eau, de me débarrasser des éventuels déchets et de poursuivre ma route, en consommant uniquement la poignée de morceaux de banane que je pouvais y glaner. Je préfère récupérer un peu en marchant, afin de rester en déplacement. Je me sens aussi plus à l’aise au-dessus d’une certaine allure de croisière.

Cette année, le fameux mur, celui avait tant fait parlé de lui lors de l’édition caniculaire de 2010, fait bien pâle figure. Certes, la pente est rude, mais pas insurmontable. Peut-être suis-je habitué à ce genre de pente? A force de gravir les terrils dans tous les sens, toujours à la recherche du plus fort pourcentage, mes pieds se posent différemment. J’avance, je ne cherche pas à aller plus vite que cette musique interne. Les bâtons m’aident beaucoup, mes bras ne sont pas chétifs et je potasse ma technique. Diablement efficaces dans les pentes à fort pourcentage, je les trouve aussi fort utiles dans les parties pas assez roulantes pour courir mais pas non plus assez pentues pour marcher, où je trottine en prenant la pose du skieur de fond.  Ma consommation énergétique est certainement plus élevée, mais les jambes apprécient de ne plus faire le travail toutes seules.

La fin du parcours est toujours aussi belle et ne mérite pas le raccourci que je suis en train de prendre dans sa description. Les échelles ne manqueront à personne, car l’intégrité du parcours est sauvegardée. Les nouveaux sentiers du Tombeau du Géant sont parfaits.  Il ne reste plus qu’à rentrer, à boucler la boucle. En mordant sur son égo ou sa douleur. En dévalant les pentes en souplesse, en serrant les dents ou en pensant à ceux qui passeront ici plus tard. Le château, à nouveau. Un public chaleureux et ébahi de voir arriver des visages rayonnants après plus de 6 heures de course. Notre secret est pourtant mal gardé.

Premier passage à gué à proximité du Tombeau du Géant

Petite précision concernant les gués : contrairement à ce que j’ai pu lire sur d’autres blogs, les deux franchissements n’ont pas du tout servi à contourner la promenade des échelles, interdite cette année. Et nous avons franchi deux fois la même rivière, à savoir la Semois (ou Semoy de l’autre côté de la frontière), et non deux cours d’eau différents.

Premier passage à gué avec Guislain en premier plan (crédit photo : Much)

analyse

La préparation en vue du GR73 touche à sa fin. Cette Bouillonnante constituait le point d’orgue de la montée en charge. Le mental est au beau fixe, les petites blessures semblent s’estomper, la préparation physique, à gros renforts de chaises, groupés-dégroupés avec les mains au sol, sauts en tout genre sur les bancs du parc, et j’en passe, semble porter ses fruits.

Je suis plutôt satisfait de mes entrainements, à la fois très ludiques, exigeants et modulables. Je suis particulièrement surpris par l’efficacité de mes séances de type VMA ou fractionné très court sur vélo elliptique. L’intensité est beaucoup plus élevée que lors d’une séance de VMA en côte, sans le traumatisme des descentes, car ça ne monte pas indéfiniment  dans ma région et donc il faut forcément redescendre plus souvent !. Je pense d’ailleurs que cet enchainement de montées et descentes, toutes deux à un rythme élevé, les grimpées de terril en sur-régime et le caractère répétitif de ces séances ont permis de contribuer fortement à une amélioration de ma capacité à enchaîner côtes et descentes physiquement, mais aussi mentalement. J’ai constaté qu’en abordant la course sereinement, en étant intimement persuadé que je franchirais la ligne d’arrivée, j’ai pu de me déplacer avec plus de légèreté. D’ailleurs mon seul passage à vide lors de cette édition de la Bouillonnante est dû à un crise de panique : après le 2e passage au ravito de Frahan, je constate que ma poche à eau a un goût bizarre, une saveur aigre de boisson énergétique frelatée, de bidon mal rincé. Assez indescriptible. Le concurrent qui me précède a également fait le plein de la boisson proposée au ravito et s’en plaint aussi. Impossible d’avaler ce liquide au goût bizarre. Et c’est le genre de situation qui fournit un terrain très propice à la cogitation : vais-je digérer l’eau déjà ingurgitée? En aurais-je assez pour rejoindre Bouillon? Sans trop savoir si mon rythme cardiaque s’emballe, je ressens une légère faiblesse, un vacillement. Puis, je me souviens de Botassart et de son ravito exprès. Il n’en faut pas plus pour chasser les pensées négatives et visualiser l’arrivée. Je repars donc dans la trace de l’ami Ghislain, aussi frais mentalement que 10 minutes plus tôt.

Ce petit incident démontre qu’une parfaite gestion logistique de la course est important à la fois d’un point de vue tactique, mais aussi pour l’intégrité physique et mentale. Et dire qu’il ne s’agit pas d’un véritable trail en semi-autonomie (car 4 ravitos sur 50 km, c’est finalement beaucoup!). Il ne reste plus qu’à assurer une parfaite hydratation lors d’une épreuve de plus de 10 heures. Rien que sur papier, ça donne soif.

Sur le graphiques ci-dessous, on constate que sur ce genre de course et à mon petit niveau, le temps que l’on passe à marcher est sensiblement égal au temps que l’on passe à courir, ce qui est assez logique car on finit toujours par dévaler ce qu’on peine à gravir! Mais pas seulement ! Car la distance parcourue en marchant équivaut à moins un cinquième de la distance totale.

[accessoirement ] Classement

6:36:41, 38e sur 385 partants (340 à l’arrivée)

Voici les résultats des deux épreuves sur le site de Chronorace:

Parcours et cartographie

Carte et profile de l’édition 2011

Openrunner : http://www.openrunner.com/index.php?

Wikiloc : http://fr.wikiloc.com/wikiloc/view.do?id=1660580

Garmin Connect : http://connect.garmin.com/activity/82705046

Photos

2011-04-30 La Bouillonnante [54 km 2000 m D+]
  • Passage à gué
  • Galerie #1, #2, #3
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Autres récits

Quelques liens vers des blogs de coureurs ayant participé à cette édition, et aux fortunes diverses:

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Publié dans : Bouillonnante, Trail long