Bouillonnante 2012 [54km – 2000m d+]

La Bouillonnante est devenue culte malgré elle, mais surtout grâce à son parcours accidenté [54 km et 2000 m d+ env.] qui ne laisse personne indifférent : tout le monde veut en être, du joggeur du dimanche au trailer aguerri. On s’arrache les dossards au mois de décembre. Ensuite le marché noir fait son apparition à mesure que les blessures surgissent, que les agendas familiaux se modifient ou que la motivation s’estompe – sans parler de ceux qui en ont peur à cause de toute la mythologie qui entoure la course. Pour éviter de porter toute leur vie la honte d’un DNF, nombreux sont ceux qui sont bien contents de courir sous un faux nom, grâce à un dossard racheté à une vague connaissance sur Facebook ou à un type de leur club qui voulait se lancer dans le trail mais qui finalement n’a plus trop envie de se taper 3 heures de route si c’est pour courir sous la pluie. En plus, elle a attendu dernièrement à la radio que le trail en fait, ça se résume à courir dans la merde. En tout cas, cette année, à Bouillon, on était en plein dans le vif du sujet, ce qui finalement fait de cette édition 2012, une course exceptionnelle : intempéries, boue corollaire, sentiers glissants, nécessitant la recherche constante et vaine d’un équilibre raide et d’une motricité médiocre, à zigaguer entre les grêles et les flaques de boue ou à embrasser des arbres en descente. Finalement, après tout l’imbroglio qui précède la course,  celles et ceux qui avaient fait le choix d’être sur la ligne de départ, toutes motivations confondues, ont eu la chance de vivre une édition très différente par rapport aux deux précédentes éditions sous la canicule.

Champi en attendant le champion (= moi pour mes parents)
Champi en attendant le champion (= moi pour mes parents)

La Bouill’, c’est en fait une succession de lieux incontournables et obligatoires sous peine de sanction

Montée vers Botassart (crédit photo: C. Barbier)

Resto italien (primi piatti)

La veille de la course, rendez-vous désormais traditionnel, pour saluer tous les amis venus de près ou de loin, parler tactique de course, technique minimaliste, et tout ce qui tourne autour de la course à pied, histoire de bien se changer les idées. Apprendre à compter en italien ou essayer de trouver un plat végétarien voire vegan. Finalement, j’aurai choisi de recharger en glycogène  et en mercure.

Camping (waterproof)

Malgré une météo exécrable tout au long de la semaine, nous avons été relativement épargnés la veille au soir. Camping tranquille, en bord de Semois, avec sa surpopulation de caravanes en rangs d’oignons et quelques tentes noyées dans l’humidité nocturne typique du fond des vallées. Quelques valeureux trailers s’y aventurent dont Christophe D., Laurent Z. Philippe M (alias Phildefer). Ensuite, il est tout à fait possible de trottiner jusqu’au départ pour se dégourdir les jambes et saluer les pêcheurs les plus matinaux. La proprio était étonnement joviale et aimable. Elle avait fière allure montée sur son rutilant engin tout-terrain. On n’a même pas dû démonter la tente à 7h du mat’ comme en 2011. (Presque) Tout le confort d’un hôtel pour quelques euros.

Cour du château (people)

Nouvelle séance de poignées de main, l’occasion de nombreuses mondanités entre les blogueurs les plus en vue du royaume de Belgique ou les traileurs les plus sympas (Insigma, Christophe T., Vinrouxh, Guislain, la CCCie -RZA, le colonel, Frère Tuck-, Nis, Hugues, Jonas (pas vu finalement),  la Panthère rose du Défi666,etc.). Je file me placer en tête de peloton pour voir si ça change quelque chose, et surtout pour perdre le moins de temps possible en remontant la longue file de coureurs par la suite. Résultat: on se retrouve vite tour seul. Après le ravito de Frahan, on a déjà tout le loisir de se parler à soi-même, avec ses avantages et inconvénients. Pour cette troisième participation, je m’étais fixé l’objectif de terminer aussi rapidement que possible, de m’approcher le plus possible de 6 h, 6h15 maxi. Finalement, je termine en 6h17. J’estime que le contrat est rempli car je n’avais pas la capacité d’aller plus vite cette année ni sur ce terrain. Premier kilomètre en 4min40. Qui dit mieux pour un départ tranquille?

Vidéo du départ par Max:

Je pars couvert et profite de la première butte, le Rocher du Pendu, pour ôter ma veste imperméable : je ferai toute la course en t-shirt, avec des manchettes toutefois, qu’il vente, pleuve ou grêle, tel un cosaque à l’assaut de ces 54 km ardennais.

Au pied de la première descente, j’ai déjà été rattrapé par Insigma, Christophe T., Seb L. : et dire que j’étais censé partir vite. Me dépassent aussi, mais je m’y attendais davantage : Phildefer et Alex Delplace (retenu sans doute par la foule, car je l’avais aperçu au beau milieu de la cour juste avant le départ) qui vont se disputer les premières places.

Crêtes de Frahan (tourisme)

Le peloton est déjà moins dense. Ce sentier est toujours aussi joli, entre dalles de schiste et rochers glissants serpentant jusqu’à ravitaillement où je ne m’arrête même pas. Finalement, ce passage n’est pas plus difficile que les autres années, malgré les intempéries.

Je constate que mon crew est présent. Mon fan club, composé de ma maman, de mon papa et de leur fille adoptive (autrement dit un affectueux labrador), me suivra tout au long de la course, ce qui me donne toujours l’impression de courir à deux pas de chez moi 🙂 Rebelotte à Spa pour le Grand trail des Lacs et Châteaux.

Ils ne m’aperçoivent que très brièvement finalement, tout au long d’une course de 6 h en forêt. Donc, il faut bien qu’ils trouvent des jeux pour passer le temps. L’activité illustrée ci-dessous n’a pas encore de nom:

Homme têtu versus chien têtu
Les crêtes de Frahan sous le soleil, par Christophe Barbier

Longue boucle propre au 54 km (recherche de trajectoire)

À Mouzaive, moyennement convaincu par le nouveau parcours.

Après une longue montée où j’alterne 30 pas de course et 30 pas de marche, on entame une interminable portion de zigzag entre les flaques, éviter les débardeuses en furie qui ont apparemment comme objectif d’écraser au moins un traileur avant la fin de la journée. Je prends un point de repère dans cette partie boueuse, mais néanmoins monotone (et plus plane que l’ancien tracé): Insigma en jaune et Christophe T. en bleu qui semblent faire course commune à quelques centaines de mètres (écart d’environ 1min30) sur les horribles portions asphaltées. Descente raide sur Mouzaive, où l’on constate que le parcours commence à être plutôt glissant. Enfin un peu de piquant. J’arrive au ravito alors que Stany en repart. Christophe a disparu. Je me dis que je ne les rattraperai pas car ils semblent avancer vite et facilement. Je fais part de ma déception à Max, reporter-suiveur-pacer, et je repars à la poursuite du chrono (ceci expliquant cela?)

Attention aux débardeuses (par Christophe Barbier)

The Wall (apéro choc)

J’arrive à Frahan en marchant, incapable de courir sur le kilomètre de plat avant le ravito. Trop de vent, trop de pluie, je ne vois plus rien et j’ai faim. Incertain dans les passages techniques à cause de cette buée récalcitrante et de cette hypo qui pointe le bout de son nez.

Au ravito béni des dieux de la pluie, je me jette sur les biscuits apéritifs, les bananes et les raisins. J’en emporte suffisamment pour manger pendant toute l’ascension du wall en monde rando-apéro-étirements : 16 min pour arriver au sommet, pas de quoi être très fier. Heureusement que je peux embrayer dès le replat et repartir de plus belle à la poursuite de Guislain qui vient de me dépasser.

La promenade des échelles (testament)

Sur la gauche, on aperçoit un groupe de concurrents qui empruntent le parcours du 19 km. La coureur précédent les appelle au loin. Fallait vraiment le vouloir pour se tromper. Car les flèches jaunes indiquent bien d’aller tout droit. Un concurrent reviendra d’ailleurs sur mes pas après les échelles : il est venu s’intercaler entre Guislain et votre serviteur à la faveur d’une portion plus roulante. En effet, si on contourne les échelles, il est possible de retomber sur le parcours du 50 km  un peu plus loin sans même s’en être aperçu. Un bénévole à cet endroit n’aurait pas été de trop pour éviter que certains passent par inadvertance à côté de ce passage désormais encore plus mythique.

Après le passage des coureurs du 24 km, cette partie est devenue impraticable et dangereuse pour les plus fatigués. Impossible de ne pas glisser, il faut composer avec ce facteur risque à chaque pas et être patient. Surtout éviter de se tuer en se brisant la nuque sur un rocher ou en s’empalant sur une souche pourrie. Glissades en tout genre, jurons en toutes langues. Le passage casse pipe par excellence, tout en raideur et en crampes naissantes.

Tombeau du Géant (même pas mort)

Arrivée au ravito de Botassart (photo: Max)

Pour peu les ressources énergétiques et mentales ne soient pas épuisées à cet endroit, il ne reste plus qu’à tout donner, la descente est très boueuse mais je la trouve plus agréable que par temps sec, car elle « tape » moins. Bizarremment, je l’ai en effet trouvée plus souple que les autres années. Une fois en bas, j’aperçois Christophe T. qui gère une crampe, mais qui avance encore plutôt pas mal. Au pied de la montée vers le Belvédère, j’arrive quand même à le lâcher. Je vais quand même pas me faire talonner par un type perclus de crampes, non?

Belvédère (enfin les fûts)

Un dernier concurrent du 25 galère dans cette montée et tout le monde l’encourage chaleureusement. On a envie de le serrer dans nos bras tout sales. Mais on n’a pas que ça à faire non plus. Le chrono tourne et il est toujours possible de terminer en 6h15. J’encourage les deux types que je dépasse et essaie de courir sur ce faux-plat interminable. Le tintamarre des fûts métalliques s’offre ensuite à notre fine ouïe et il ne reste plus qu’à débouler jusqu’à l’arrivée. Cette fois-ci, on repart directement vers la droite, comme en 2010. Ce qui veut dire que si je me laisse glisser jusqu’en bas, toujours en contrôlant mes raideurs. je peux encore y arriver, mais c’était sans compter sur l’imprécision de mes estimations de fin de course.

Après avoir évité de justesse le strike parfait sur un groupe de randonneuses de tout âge, j’entends la clameur des nombreux spectateurs qui attendent patiemment ou anxieusement l’arrivée de celles et ceux qui ont fait le choix de (re)découvrir la Bouillonnante sous un autre visage.

Photo: Christophe Barbier

Bilan perso

Merci à tous les amis présents pour avoir influencé mon jugement hâtif sur cette course. En effet, j’avais été déçu dans un premier temps, peut-être qu’à force de chercher à aller vite, on passe à côté de ce qu’il y a vraiment à retirer sur ces longues courses. Toute la poésie liée à la lenteur de déplacement est anéantie par un objectif chronométrique trop brièvement satisfaisant. De quoi pousser la réflexion un peu plus loin lors des prochaines semaines.

En 2011, ma moyenne était de 8,2km/h. En 2012, elle est de 8,5 km/h. Terminer en 6h n’était pas à ma portée. Je pense que cet objectif de 6h15 était plus raisonnable, compte-tenu des conditions. Toutefois, à force de courir « le nez dans la guidon », on perd un peu de la saveur de l’ultra, ce cheminement parfois lent et tortueux.

Résultats 2012

Classement du 50km (via chronorace)

Photos

Reportage de Max, fidèle supporter-suiveur-pacer, accompagné de Loulou apprentie photographe et d’Alex dealeuse de madeleines maison

Superbes photos de Christophe (voir aussi soncompte-rendu exhaustif dans la rubrique Actualités de trail-nord.fr). Le passage des échelles vaut vraiment le détour en photo.

Photos de Jacques Papy

Photos de Luc VH

Vidéos

Merci à Vinrouxh pour la vidéo

Autres récits de traileurs

  • Christophe B. sur  trail-nord.fr : un récit universel sur la portée de la Bouillonnante.
  • Philippe M.: (à venir) (bravo pour cette énorme perf!)
  • Christophe T. :  – une valeur sûre qui m’a permis, de loin, de tenir l’allure tout au long de la portion « roulante »
  • Insigma :  – on a presque fait course commune, dommage qu’il se soit égaré.
  • Sébastien L.:  – 6h = une amélioration fulgurante, de quoi en prendre de la graine.
  • Vinrouxh:  – une première participation en moins de 8h
  • YubbyOne : 2e du 50km, no comment (pain=gain)
  • Cowmic : à la découverte 24km, encore un qui a mordu à l’hameçon!

Parcours et cartographie

Profil Bouillonnante 2012

Comparatif des parcours 2011 et 2012

Le nouveau parcours m’a moyennement convaincu, car les changements apportés sur la boucle propre au 50km n’apportent rien de plus. Quelques chouettes sentiers ont même été supprimés. Je pense notamment à une longue sente en dévers avant de revenir sur Frahan. Cette année, nous n’en avons emprunté qu’une partie, hélas.

Superposition des deux traces en PDF [ICI]

Site officiel: http://www.la-bouillonnante.org/

J’ai couru un peu plus longtemps qu’en 2011, et j’ai donc marché moins longtemps aussi…

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19 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Cowmic!!! dit :

    Ca c’est du compte rendu !!! Bravo et aussi pour la performance, ça devait être quelque chose le 50km. A bientôt. Mic

  2. david dit :

    « chien têtu contre homme têtu » . Ton père a dominé sa chienne ou ils sont encore en pleine forêt ?
    Sinon, bravo pour ta course , l’année prochaine les 6H15 seront dans la poche !

    1. Cédric dit :

      J’ai une photo du tronc d’arbre en question, littéralement scié en deux par la force de la bête blonde. Ex-aequo. Deuxième manche ce samedi au Grand trail des Lacs et châteaux.

  3. Waouwww… le CR est à la hauteur de la course… EXCEPTIONNEL 😀
    Dire qu’il y a déjà une semaine que l’on gambadait dans les bois de Bouillon. En lisant ton CR, je me suis replongé immédiatement dans la course… que de bons souvenirs. Je l’ai même lu deux fois.
    Les photos du passage qui illustre le paragraphe échelles et belvédère, a été le plus périlleux de la course, vraiment dangereux.
    Sinon… SUPER félicitations pour ton temps et ta performance.
    Merci pour la vidéo.
    Bonne continuation et A+

    1. Cédric dit :

      Merci, et bravo à toi aussi!
      Je suis content de lire que ce CR fasse plaisir à celles et ceux qui y étaient ou pas!
      à + Vincent!

  4. PhildeFer dit :

    Un repas d’avant-course riche en glycogène et en mercure ??? Et dire que j’ai mangé la même chose (mais une ration légèrement plus maigre !).
    Pour autant, avec ta performance, tu n’as pas eu une foulée de plomb !
    Je continue la lecture…

    1. Cédric dit :

      Joliment dit! A mon avis, j’ai quand même eu droit à tout le lest contenu dans notre poisson. C’est toi qui t’es envolé !

  5. Damien dit :

    Superbe CR. Bravo ! Avec quelles chaussures courrais-tu ?

    1. Cédric dit :

      Merci!
      J’avais opté pour mes Inov8 roclite 295 pour assurer au niveau de l’accroche tout en conservant une chaussure relativement légère.

      Je pense que ce sera leur dernière sortie, après 900km de sentiers en tout genre, dont de la haute montagne.

  6. PhildeFer dit :

    Bravo Cédric pour ce beau compte-rendu. Qu’elle était belle cette Bouillonnante ! Merci de nous la faire revivre par tes propos très pertinents.
    Alors si tu penses qu’elle était moins bien que les précédentes en termes de parcours, j’ai hâte d’y revenir pour une nouvelle découverte de la région.
    A+

    1. Cédric dit :

      Ah Phil, je vois que ton récit est en ligne. Il va falloir que j’aille lire ça!

  7. YubbyOne dit :

    Salut Cédric,

    Je me permets d’ajouter un lien à ta liste : http://www.z-trailerz.fr/articles/actualites/news/la-bouillonnante-vaincue

    Peut-être se croisera-t-on un de ces 4 !
    Bonne continuation,

    A+

    1. Cédric dit :

      Merci pour le lien, Yub! Bon deuxième bloc d’entrainement et bon amusement à Cruet! 😉

  8. maxalex59 dit :

    Bravo pour ton compte rendu, l’année prochaine sous les 6h ! 😉

    1. Cédric dit :

      Merci. Et l’an prochain, c’est plutôt « A nous deux les 6h », Max! Je suis impatient de courir un trail ensemble!

  9. christophe dit :

    Salut Cédric, superbe CR qui m’a mis de bonne humeur ;-), bravo
    A force de terminer presque ensemble dans chaque trail, on a du être fabriqué dans le même moule 😉 …

    à un prochain trail …

    1. Cédric dit :

      C’est très intrigant en effet. Je n’irai pas jusqu’aux tests ADN. Nous sommes simplement de dignes représentants du trail hennuyer (terril, forêts peu étendues et trappiste).

  10. Insigma dit :

    Me suis recogné tout ton récit. Y a pas, c’est toujours aussi plaisant à lire 🙂

    1. Cédric dit :

      Merci Stany! C’est toujours plaisant de faire plaisir. J’espère trouver la motivation nécessaire pour en publier d’autres et ton commentaire fait partie des incitants! 😉

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